Le fait de travailler dans une ambassade ne suffit pas à déterminer le régime fiscal ou social. La première question porte sur le statut de la personne. Un agent diplomatique accrédité, dont la qualité est reconnue par le Luxembourg, ne suit pas les mêmes règles qu’un fonctionnaire envoyé par son État ou qu’un salarié recruté au Luxembourg.
L’ambassade n’est pas un territoire étranger. L’inviolabilité interdit aux autorités luxembourgeoises d’entrer dans ses locaux sans l’accord du chef de mission. Le travail y reste toutefois exercé au Luxembourg. La circulaire L.G.-Conv.D.I. 69 de l’Administration des contributions directes (ACD) explique cette distinction et traite séparément le personnel accrédité et le personnel recruté sur place.
Le statut détermine le point de départ
La Convention de Vienne accorde des privilèges précis à certaines catégories. Elle ne crée pas une exonération générale pour toute personne employée par une mission.
| Statut | Point de départ fiscal au Luxembourg |
|---|---|
| Agent diplomatique accrédité, non luxembourgeois et non résident permanent | Exemption prévue par l’article 34, sous réserve de ses exceptions |
| Personnel administratif et technique détaché | Exemption de l’article 34 si les conditions de l’article 37 sont remplies |
| Personnel de service non luxembourgeois et non résident permanent | Exemption sur la rémunération reçue pour le service de la mission |
| Personnel recruté sur le marché local | Analyse selon la convention fiscale et les règles luxembourgeoises |
La carte de légitimation délivrée par le ministère des Affaires étrangères peut prouver le statut du personnel accrédité. Selon la circulaire, le personnel recruté sur place a un contrat de travail avec l’ambassade et reçoit sa rémunération de celle-ci.
L’exemption fiscale des personnes accréditées
Un agent diplomatique étranger qui n’a pas sa résidence permanente au Luxembourg bénéficie de l’exemption prévue à l’article 34. L’article 38 limite les privilèges des agents luxembourgeois ou résidents permanents, sauf protection supplémentaire accordée par le Luxembourg.
Les impôts indirects compris dans le prix des biens et services restent dus. Il en va de même, sous les conditions du texte, pour les immeubles privés situés au Luxembourg, les revenus privés de source luxembourgeoise, certains droits de succession, les taxes perçues pour des services particuliers rendus et les droits liés aux immeubles. Un loyer tiré d’un appartement luxembourgeois ou un dividende de source luxembourgeoise peut donc rester imposable.
L’article 37 étend certains privilèges aux membres de la famille, au personnel administratif et technique, au personnel de service et aux domestiques privés. Les conditions ne sont pas identiques. La nationalité luxembourgeoise, la résidence permanente au Luxembourg et la nature du service peuvent limiter l’exemption.
Le personnel recruté localement
Le personnel recruté localement comprend aussi les frontaliers engagés par une ambassade au Luxembourg. Le lieu de travail se situe au Luxembourg, car l’ambassade n’est pas fiscalement extraterritoriale.
Pour un salarié résident du Luxembourg, la convention fiscale conclue avec l’État de l’ambassade doit être consultée. L’article sur les fonctions publiques, qui traite des rémunérations versées pour des services rendus à un État ou à certaines entités publiques, attribue souvent le droit d’imposer à l’État qui paie. Ses exceptions tiennent compte de la résidence et parfois de la nationalité. La circulaire montre ainsi que 2 salariés locaux résidents peuvent recevoir un traitement différent selon la convention et leur nationalité.
Pour un frontalier, l’article sur les revenus d’emploi s’applique dans la majorité des cas et conduit généralement à une imposition au Luxembourg, lieu d’exercice. Une exception importante existe lorsque la personne travaille pour l’ambassade de son propre État de résidence. L’article sur les fonctions publiques de la convention concernée peut alors maintenir l’imposition dans cet État.
La convention France–Luxembourg illustre le rôle de la nationalité dans les rémunérations publiques. La double nationalité n’entraîne pas automatiquement une double imposition. Elle peut cependant modifier l’exception prévue par l’article sur les fonctions publiques. La conclusion doit être tirée de la convention concernée, pas d’une règle générale sur les binationaux.
La sécurité sociale
Le régime social suit une analyse séparée de l’impôt. L’article 33 de la Convention de Vienne dispense l’agent diplomatique des règles sociales de l’État d’accueil pour les services rendus à l’État d’envoi, c’est-à-dire le pays qu’il représente. Le texte prévoit aussi une exemption limitée pour certains domestiques privés, à condition notamment qu’ils soient couverts dans un autre État.
Dans le champ de la coordination européenne, l’article 11, paragraphe 3, du règlement 883/2004 soumet un fonctionnaire à la législation de l’État dont relève l’administration qui l’emploie. La qualité de fonctionnaire est appréciée selon l’État dont relève l’administration employeur. Un recrutement local ne suffit donc pas à l’exclure. Une attestation A1 permet de prouver la législation applicable lorsqu’elle est requise.
Le régime du personnel recruté localement dépend des règles de coordination, qui déterminent le pays de sécurité sociale compétent. Une convention bilatérale, conclue entre deux pays, ou un autre accord peut désigner le Luxembourg ou le régime de l’État d’envoi. Le portail SECU rassemble les accords internationaux qui doivent être vérifiés pays par pays.
Lorsque la législation luxembourgeoise s’applique, l’employeur déclare l’entrée au Centre commun de la sécurité sociale (CCSS) dans les 8 jours suivant l’engagement. Cette échéance figure sur la page officielle du CCSS.
La paie et la retenue d’impôt
Lorsque le Luxembourg a le droit d’imposer le salaire, les modalités de retenue d’impôt sur les salaires, qui règlent le prélèvement de l’impôt sur le salaire, doivent être déterminées selon les obligations applicables à la mission diplomatique. L’absence de retenue ne rend pas le salaire exonéré. Le statut fiscal doit être fixé avant d’organiser la paie, car une exemption diplomatique, une imposition luxembourgeoise ou une imposition attribuée à l’État d’envoi ne produisent pas les mêmes obligations.
Une modification de résidence, de nationalité, d’accréditation ou de contrat peut changer le résultat. La carte de légitimation, l’attestation de sécurité sociale et le traitement en paie doivent donc correspondre à la situation actuelle.
Conseil fiscal au Luxembourg
Pour analyser les situations de résidence, retenues et conventions applicables côté Luxembourg.
Voir le conseil fiscalQuestions fréquentes
Quel régime fiscal s'applique au personnel recruté localement ?
Le résultat dépend de la convention fiscale applicable. Pour un résident du Luxembourg, les règles propres aux rémunérations publiques sont généralement déterminantes. Pour un frontalier, les règles ordinaires sur les revenus d'emploi s'appliquent dans la plupart des cas, sauf notamment lorsque l'ambassade représente son État de résidence.
La double nationalité modifie-t-elle l'État d'imposition ?
Elle peut modifier le résultat lorsque la convention fiscale fait de la nationalité une condition du régime applicable aux rémunérations publiques. Il faut alors examiner ensemble la résidence, les deux nationalités, l'État qui paie la rémunération et les conditions du recrutement.
Le personnel local d'une ambassade relève-t-il du CCSS ?
Le régime dépend des règles qui déterminent le pays de sécurité sociale compétent. Une règle européenne, la Convention de Vienne ou un accord bilatéral peut désigner le Luxembourg ou l’État d’envoi. Lorsque le Centre commun de la sécurité sociale (CCSS) est compétent, la déclaration d'entrée doit être déposée dans les 8 jours suivant l'engagement.