La SAS (Société par Actions Simplifiée) est la forme juridique la plus moderne du paysage sociétaire luxembourgeois. Introduite en 2016, elle combine la sécurité d’une société de capitaux avec une liberté statutaire quasi totale, ce qui en fait un véhicule privilégié pour les startups, les co-entreprises (joint ventures) et les opérations de capital-investissement. Contrairement à la SARL classique ou à la SA traditionnelle, la SAS offre une flexibilité inégalée dans la structuration de la gouvernance et de l’actionnariat.
En pratique, la SAS permet aux associés de définir leurs propres règles de fonctionnement dans les statuts : gouvernance sur mesure, catégories d’actions à droits différenciés, clauses de sortie et d’entrée calibrées au cas par cas. Son capital minimum de 30 000 € la positionne entre la SARL-S à 1 € et la SA à 30 000 €, mais avec un éventail de possibilités bien supérieur à ces deux formes.
Ce guide détaille les caractéristiques juridiques, fiscales et pratiques de la SAS luxembourgeoise : avantages distinctifs, comparaison avec les autres formes sociales, fiscalité applicable, procédure de création, coûts et obligations annuelles.
1. Trois avantages distinctifs de la SAS
1.1. Flexibilité statutaire maximale
Les associés peuvent librement définir dans les statuts les règles de gouvernance, les conditions d’entrée ou de sortie des actionnaires, la création de différents types d’actions (avec des droits de vote ou des dividendes différents), les clauses d’agrément, les clauses de préemption ou les conditions de cession forcée (drag-along et tag-along). Cette souplesse est particulièrement prisée dans le cadre de co-entreprises où plusieurs investisseurs souhaitent organiser leurs relations avec précision, sans être limités par un cadre légal trop rigide.
1.2. Gouvernance sur mesure
Contrairement à la SA et sa structure rigide imposant un conseil d’administration ou un directoire, la SAS peut être dirigée par un simple Président, un directeur général, un comité de direction ou un conseil d’administration. Le Président est le seul organe obligatoire. Il peut être une personne physique ou morale, résidente ou non au Luxembourg (sous réserve des obligations liées à l’autorisation d’établissement si une activité commerciale est exercée).
1.3. Confidentialité et contrôle de l’actionnariat
La SAS ne peut pas être cotée en bourse, ce qui garantit la confidentialité des actionnaires et permet un contrôle strict du capital. Les statuts peuvent prévoir des clauses d’inaliénabilité temporaire (lock-up), des clauses d’agrément (accord préalable des associés pour toute cession), des clauses d’exclusion et des clauses de sortie conjointe. Ces mécanismes offrent une sécurité juridique renforcée pour les investisseurs comme pour les fondateurs.
2. SAS vs SA vs SARL : comparatif complet
Le choix de la forme juridique au Luxembourg dépend de l’objectif du projet, du budget disponible et du besoin de flexibilité.
| Critère | SAS | SA | SARL |
|---|---|---|---|
| Flexibilité statutaire | Maximale | Limitée | Modérée |
| Capital minimum | 30 000 € | 30 000 € | 12 000 € |
| Associés | 1 à illimité | 1 à illimité | 1 à 100 |
| Gouvernance | Sur mesure | Structure fixe (CA) | Gérant(s) |
| Cotation en bourse | Interdite | Possible | Interdite |
| Acte notarié | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire |
| Types d’actions/parts | Actions de catégories multiples | Actions | Parts sociales |
| Cession d’actions/parts | Libre ou restreinte (statuts) | Libre (sauf clauses) | Agrément majorité |
| Idéal pour | Startups, capital-risque, JV | Grands groupes, IPO | PME, commerce, services |
Conseil : la SAS est particulièrement adaptée si des levées de fonds auprès d’investisseurs privés sont envisagées et qu’un pacte d’actionnaires doit être structuré. La SA ne s’impose que si l’objectif à terme est une cotation en bourse. Pour les holdings, la SOPARFI ou la SPF méritent d’être étudiées selon le profil de l’investisseur.
3. Les actions de la SAS : un outil de structuration puissant
La possibilité de créer plusieurs catégories d’actions constitue l’un des avantages les plus significatifs de la SAS par rapport aux autres formes juridiques.
3.1. Actions à droits de vote multiples ou limités
Les statuts peuvent prévoir des actions à droits de vote doubles, triples ou, à l’inverse, sans droit de vote. Ce mécanisme permet aux fondateurs de lever des capitaux tout en conservant le contrôle décisionnel de la société.
3.2. Actions de préférence
Des actions avec un droit préférentiel aux dividendes (preferred shares) ou un droit de liquidation préférentiel peuvent être créées, ce qui est standard dans les opérations de capital-risque et de private equity.
3.3. Actions à intérêt fixe et instruments convertibles
Les statuts peuvent prévoir des actions conférant un rendement fixe, utiles pour les investisseurs recherchant un retour prévisible. La SAS peut également émettre des bons de souscription d’actions (BSA), des obligations convertibles et d’autres instruments hybrides, offrant une palette complète d’outils de financement.
4. Fiscalité de la SAS
La SAS est soumise au régime fiscal de droit commun, identique à celui de la SARL et de la SA :
| Impôt | Taux / base |
|---|---|
| IRC (impôt sur le revenu des collectivités) | 15 % (revenu ≤ 175 000 €) ou 17 % (au-delà) |
| ICC (impôt commercial communal) | ~6,75 % (Luxembourg-ville) |
| Taux global effectif | ~23,87 % (Luxembourg-ville) |
| Impôt sur la fortune | Min. 535 € ou 4 815 € selon la structure du bilan |
| TVA | 17 % (taux standard) |
La SAS bénéficie des mêmes avantages que les autres sociétés de capitaux : accès au régime d’exonération des participations (dividendes et plus-values sous conditions), accès aux conventions fiscales luxembourgeoises (88 conventions en vigueur) et éligibilité à la directive mère-fille européenne. Pour les structures de groupe, le mécanisme d’intégration fiscale peut permettre de consolider les résultats fiscaux de plusieurs entités luxembourgeoises. Pour un conseil fiscal adapté à la situation, un accompagnement spécialisé est recommandé.
5. Procédure de création de la SAS
La constitution d’une SAS nécessite obligatoirement un acte notarié. Les principales étapes sont les suivantes :
| Étape | Description | Délai indicatif |
|---|---|---|
| 1. Préparation et conseil | Définition des besoins, rédaction de statuts sur mesure. Pour la SAS, la qualité des statuts détermine l’efficacité de la gouvernance | 1-2 semaines |
| 2. Ouverture de compte | Ouverture d’un compte bancaire au nom de la société en formation | 3-5 jours |
| 3. Dépôt du capital | Virement de 30 000 € minimum ; la banque délivre un certificat de blocage. Le capital doit être intégralement libéré | 1-3 jours |
| 4. Acte notarié | Signature des statuts devant notaire ; naissance juridique de la société | 1 jour |
| 5. Immatriculation au RCS | Le notaire se charge de l’enregistrement au RCS et de la publication au RESA | 2-5 jours |
| 6. Démarches post-constitution | Autorisation d’établissement, inscription TVA (AED), affiliation CCSS, mise en place de la comptabilité | 1-3 semaines |
Délai total moyen : environ 10 à 15 jours ouvrés, le temps de rédiger des statuts parfaitement adaptés. Le recours à un expert-comptable expérimenté en droit des sociétés luxembourgeois est recommandé pour la rédaction des statuts.
6. Coût total de création
Le budget de constitution d’une SAS est plus élevé que celui d’une SARL, principalement en raison du capital minimum et de la complexité statutaire.
| Poste de dépense | Montant estimé |
|---|---|
| Frais de notaire et conseil juridique | 3 500 – 5 000 € HT |
| Frais administratifs (RCS, publication) | ~300 € |
| Capital social à déposer | 30 000 € (trésorerie de l’entreprise) |
| Autorisation d’établissement | 50 € |
| Budget total | ~34 000 € |
Les 30 000 € de capital deviennent immédiatement disponibles pour financer l’activité une fois la société immatriculée.
7. Obligations annuelles
Une fois constituée, la SAS est soumise aux obligations courantes des sociétés luxembourgeoises :
| Obligation | Détail |
|---|---|
| Comptes annuels | Bilan, compte de résultats et annexe à déposer au RCS dans les 7 mois suivant la clôture |
| Déclarations fiscales | IRC, ICC, impôt sur la fortune, TVA |
| Assemblée des associés | Au moins une fois par an pour approuver les comptes |
| Comptabilité | Conforme aux normes Luxembourg GAAP |
| Paie | Si la SAS emploie du personnel : déclarations CCSS, avantages en nature |
| Registre des bénéficiaires effectifs (RBE) | Déclaration et mise à jour obligatoires |
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01 Combien d'associés faut-il pour créer une SAS ?
Un seul associé suffit. La SAS unipersonnelle (SASU) est expressément prévue par la loi. Il n'y a pas de nombre maximum d'associés, ce qui la distingue de la SARL plafonnée à 100 associés.
02 Le capital de 30 000 € doit-il être entièrement libéré à la constitution ?
Oui. Contrairement à la SA où seuls 25 % du capital doivent être libérés à la constitution, le capital de la SAS doit être intégralement libéré dès la signature de l'acte notarié. Les apports peuvent être en numéraire ou en nature (avec rapport d'un réviseur d'entreprises agréé pour les apports en nature).
03 La SAS peut-elle être transformée en SA ?
Oui. La transformation par décision de l'assemblée des associés et passage devant notaire est fréquente lorsqu'une société prépare une introduction en bourse. Le processus inverse (SA vers SAS) est également possible.
04 La SAS est-elle adaptée pour une holding ?
Oui. La SAS peut servir de véhicule holding, bénéficiant du régime d'exonération des participations et de l'accès aux conventions fiscales, au même titre qu'une SOPARFI constituée sous forme de SARL ou de SA. La flexibilité des catégories d'actions rend la SAS particulièrement adaptée aux structures de private equity avec des investisseurs multiples.
05 Quelle est la différence entre une SAS et une SARL-S ?
La SARL-S est conçue pour les micro-entrepreneurs avec un capital de 1 €, tandis que la SAS exige 30 000 € mais offre une flexibilité statutaire incomparablement supérieure. La SARL-S est limitée à 5 associés personnes physiques, alors que la SAS n'a pas de limite. En termes de fiscalité, les deux formes sont soumises au même régime d'imposition des sociétés.
06 La SAS doit-elle avoir un commissaire aux comptes ?
Non obligatoirement. Un contrôle légal des comptes par un réviseur d'entreprises agréé est requis uniquement si la SAS dépasse deux des trois seuils suivants : total du bilan de 4,4 M€, chiffre d'affaires net de 8,8 M€, effectif moyen de 50 salariés. En dessous, un commissaire aux comptes (non réviseur) suffit.



